Infection sur articulation native en Islande de 2003 à 2017 : une augmentation des infections post arthroscopiques

L'incidence des arthrites septiques semble augmenter au cours du temps selon plusieurs études antérieures. Plusieurs raisons peuvent être avancées pour l’expliquer, comme le vieillissement de la population, l'augmentation de l’utilisation de traitements immunosuppresseurs ou encore l'augmentation de procédures invasives qu'elles soient diagnostiques ou thérapeutiques (arthroscopies, arthrocentèses, chirurgies ouvertes).
Une étude rétrospective a donc été conduite afin de décrire l'épidémiologie, les caractéristiques cliniques et les données relatives aux infections ostéoarticulaires sur articulation native, notamment de déterminer l’incidence des infections iatrogéniques parmi elles.

Tous les prélèvements de liquides synoviaux ayant une culture positive entre 2003 et 2017, en Islande, ont été recensés. N'ont été inclus dans l'étude, uniquement les infections sur articulations native, confirmées. Une infection était définie comme iatrogène, si elle apparaissait dans les 8 semaines après une arthroscopie/arthrocentèse, ou dans les 6 mois après une chirurgie articulaire ouverte.

En ce qui concerne l’incidence des arthrites septiques sur articulation native, elle était de 6,3/100 000 personnes/an, ce qui était stable au cours du temps (Figure 1). De plus, elle est plus importante aux âges extrêmes et chez les hommes (Figure 2). Cependant, l’incidence des infections iatrogéniques augmentait significativement, de 9/100 000 personnes/an entre 1990 et 2002 contre 25/100 000 personnes/an entre 2003 et 2017, (p< 0,01). En effet, les infections iatrogéniques sont survenues dans 0,17 % de l’ensemble des arthroscopies, et dans 0,24 % des arthroscopies du genou.
Au total, 259 adultes ont présenté une infection sur articulation native. Parmi eux, 88(34 %), avaient une infection d’origine iatrogénique. Le temps médian de diagnostic d'infection était de 10 jours après une arthrocentèse, de 13 jours après arthroscopie et de 52 jours après une chirurgie ouverte. Les adultes entre 18 et 65 ans avaient un risque d'infection iatrogénique de 45 %, ce qui était significativement plus élevé que dans la tranche d'âge des plus de 65 ans (p< à 0,01).
Concernant les facteurs de risque, le genou constituait l'articulation la plus souvent atteinte d'arthrite septique iatrogénique (80 % des cas). Staphylococcus Aureus était le germe le plus fréquemment retrouvé (43 % des cas). Les hommes avaient un risque deux fois plus important d'arthrite septique iatrogénique par rapport aux femmes. De plus, 24 % des patients avaient un rhumatisme inflammatoire chronique, ce qui constitue également un facteur de risque non négligeable.

Les patients avec une infection post-arthroscopie avaient plus de risque d’avoir une arthroplastie ultérieure, en comparaison aux autres patients (p = 0.008).La mortalité dans cette étude était de 5,4 % des adultes, bien que parmi ces décès, seuls 57% ont pu être attribués à l’infection de manière certaine. (Tableau 3)

Cette étude montre donc une incidence des arthrites septiques sur articulation native stable au cours du temps. L'augmentation de l'incidence des infections iatrogéniques semble être expliquée par l'augmentation du nombre de procédures invasives. Les infections ostéoarticulaires iatrogéniques restent une complication rare mais pouvant avoir des conséquences importantes et un taux de mortalité non négligeable. L'appréciation des risques est donc importants avant d'établir l’indication d'une procédure arthroscopique.

Camille LANGBOUR, Interne, Service de rhumatologie, CHRU de Tours
Denis MULLEMAN, Université de Tours, EA7501, Service de Rhumatologie, CHRU de Tours