Le système Unyvero ITI® pour résoudre des discordances dans le diagnostic d’infection de prothèse articulaire
Unyvero ITI® system for the clinical resolution of discrepancies in periprosthetic joint infection diagnosis.
Musculoskelet Surg. 2019 Oct 8. doi: 10.1007/s12306-019-00626-x.

 

Unyvero ITI® (Curetis®) est un automate de PCR multiplexe (m PCR) facile à utiliser qui donne une réponse rapide (5 heures) sur la présence de bactéries et de gènes de résistances aux antibiotiques dans un prélèvement per opératoire effectué dans le cadre d’un diagnostic d’infection de prothèse articulaire.

Les auteurs ont utilisé les prélèvements issus d’une étude précédente et ont défini 2 groupes de patients. Un groupe A-discordant qui comportait 19 patients : le tableau pré-opératoire (clinique/biologique) n’était pas concordant avec le diagnostic post-opératoire. Un groupe B –non discordant (groupe contrôle) était constitué de 26 patients : le diagnostic post-opératoire était corrélé aux données pré-opératoires (cliniques et biologiques).

Les critères d’infection de prothèse articulaire qui ont constitué le gold standard étaient ceux de la MSIS (Musculoskeletal Infection Society) : les prélèvements faits au cours de la première étude comprenaient, comme recommandés par la MSIS, 5 prélèvements de tissus péri-prothétiques incubés 14 jours. Des prélèvements de biofilm obtenu par sonication ou dithiothreitol avaient également été réalisés. A noter que la m PCR a été faite sur le prélèvement de biofilm et pas sur les tissus périprothétiques. L’idée était donc la suivante : la m PCR pourrait-elle aider à rendre le groupe A-discordant le plus petit possible ?

Résultats

43 dossiers exploitables ; 29 étaient concordants culture biofilm/m PCR biofilm et diagnostic MSIS-gold standard.
14 étaient donc non concordants (tableau 1) et parmi ces 14 dossiers (groupe A + groupe B) 7 appartenaient au groupe A-groupe des dossiers discordants : 2 résultats/7 étaient m PCR négatif alors que le diagnostic final était celui d’une infection. Pour 1 dossier/2 la bactérie identifiée n’était pas une cible de la m PCR et pour le 2ème dossier les auteurs concluent à un défaut de sensibilité lié à un inoculum faible constaté à la culture. Pour 4 dossiers/7 il s’agit à chaque fois d’un diagnostic final (MSIS-gold standard) de « non infection » alors que la m PCR était positive. Le 7ème dossier présentait un 3ème type de discordance : il s’agissait bien d’un patient du groupe A car le diagnostic pré-opératoire – infection avait été modifié en post-opératoire en non-infection de prothèse mais la mPCR était négative alors que la culture de biofilm était positive.

A noter que dans le groupe B-non discordant (ou groupe contrôle), des résultats de m PCR non concordants ont également été mis en évidence. Parmi les 7 résultats non concordants 5 d’entre eux étaient non concordants avec la culture du biofilm : culture positive avec une m PCR négative. Pour 4 de ces 5 résultats, le résultat de la m PCR était concordant avec le résultat définitif issu des critères MSIS. Pour 1 résultat/5 l’infection avec un faible inoculum bactérien avait été prouvée confirmant le défaut de sensibilité de la m PCR déjà évoquée dans d’autres études. Enfin, 2 résultats/7 étaient concordants avec la culture du biofilm (positive) mais non concordants avec le diagnostic définitif post-opératoire qui concluait à une absence d’infection.

Plusieurs intérêts à cet article :
Permettre de préciser la place de la m PCR lorsqu’existe une discordance de diagnostic : la m PCR a été utilisée dans cet article sur 17 prélèvements. Parmi ces dossiers, 10 étaient concordants avec le diagnostic définitif et 7 ne l’étaient pas. L’utilité de la m PCR pour résoudre des discordances reste donc toujours ouverte à la discussion.
Mais au-delà de ce constat, la nature des prélèvements qui servent au diagnostic microbiologique est posée. Les critères (majeurs) du MSIS comprennent des prélèvements de tissus et n’évoquent pas les prélèvements cultivés après sonication, technique pourtant considérée comme plus sensible (mais contaminants plus fréquents) que la culture des tissus périprothétiques,
Enfin, malgré l’utilisation de plusieurs techniques (culture conventionnelle, techniques de biologie moléculaire) sur des prélèvements multiples (tissus et biofilm) cet article illustre la difficulté à poser un diagnostic formel d’infection sur prothèse alors que celui-ci est primordial pour la prise en charge.

 

Carole Lemarie, Laboratoire de bactériologie, CHU Angers.
Pierre Abgueguen, SMIT, CHU Angers