L'utilisation systématique d'alpha-défensine synoviale n'est pas nécessaire.
The routine use of synovial alpha-defensin is not necessary.
Amanatullah DF, Cheng RZ, Huddleston Iii JI, Maloney WJ, Finlay AK, Kappagoda S, Suh GA, Goodman SB. Bone Joint J. 2020 May;102-B(5):593-599.

Les auteurs s’interrogent sur l’utilité d’ajouter le test immunologique à l’alpha-défensine (aD) aux autres tests diagnostiques d’infection de prothèse (IP). En d’autres termes, combien de fois le résultat de ce test influence-t-il le diagnostic d’IP pré- et post-opératoire ?

Méthodes. Un groupe de 2 chirurgiens et 2 infectiologues a évalué 158 patients consécutifs, dont 94 ayant subi une reprise d’arthroplastie pour infection ou cause mécanique. Chaque praticien a décidé de la présence d’IP (oui, non ou indéterminée) selon les critères 2014 de la Musculoskeletal Infection Society (MSIS). Un examen randomisé initial des données disponibles avant ou après la chirurgie a été effectué sans puis avec le résultat le résultat d’aD. Cet examen a été répété par chaque praticien avec un minimum de 2 semaines entre les évaluations. L'analyse de régression logistique à plusieurs niveaux a évalué l'effet du résultat de l’aD sur la capacité à diagnostiquer l'IP. L’aD était corrélée au nombre de globules blancs synoviaux (WBC) et au pourcentage de cellules polymorphonucléaires (% de PMN).

Résultats. La fiabilité des observateurs et la concordance entre observateurs n'ont pas changé lorsque le résultat d’aD était disponible. Les patients positifs pour l’aD avaient des globules blancs synoviaux (moyenne 31854 cellules /μL, écart-type 32594) et un % de PMN (moyenne 93,0%, écart-type 5,5%) supérieurs à ceux des patients négatifs pour l’aD (moyenne 974 cellules/μL, écart-type 3988, p <0,001 ; moyenne de PMN de 39,4% écart-type 28,6%, p<0,001). L'ajout du résultat d’aD n'a pas modifié le diagnostic d'IP en préopératoire (odds ratio (OR) 0,52, intervalle de confiance à 95% (IC) 0,14 à 1,88; p=0,315) ou peropératoire (OR 0,52, IC 0,18 à 1,55; p=0,242), lorsque les praticiens avaient déjà décidé que l’IP était présente ou absente avec les tests traditionnellement disponibles. Le test d’aD ne modifiait que 3% (3/90) des cas exclus d’IP en préopératoire et 2% (1/41) des diagnostics d’IP en peropératoire (Tableau IV).

Cependant, lorsque l’IP était indéterminée en préopératoire, l’aD a permis de poser le diagnostic (OR 0,44, IC 0,30 à 0,64; p <0,001) ou d’exclure ce diagnostic (OR 0,41, IC 0,17 à 0,98; p = 0,044). Sur les 27 cas indéterminés en préopératoire, 24 (89%) ont bénéficié du test à l’aD (l’IP était exclue pour 20 patients, confirmée pour 4 et restait indéterminée pour 3, Tableau IV).

Conclusion. Le test à l’aD synoviale n'a pas aidé à diagnostiquer ou à exclure une IP, sauf dans les cas indéterminés. Les auteurs suggèrent de n’utiliser ce test que lorsque les tests traditionnels sont indéterminés.


Cet article est intéressant car :

1/ S’appuie sur le score MSIS qui comprend des critères majeurs et mineurs pré et/ou postopératoires, dont certains seraient intéressants à homogénéiser dans les CRIOAC.

2/ Confirme l’intérêt du test immunologique à l’alpha-défensine synoviale mais seulement dans les cas de diagnostic difficile.


Pascale Bémer, Bactériologie-Hygiène, CHU de Nantes.